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Mon avis sur le tea time du lounge bar de l'hôtel Lutetia au coeur de Saint-Germain-des-Prés

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Majestueusement, il trône au coeur de Saint-Germain-des-Prés, juste à côté du Bon Marché, à deux pas du Jardin du Luxembourg et du Boulevard Saint-Germain où se trouvent d'autres institutions germanopratines comme le Flore ou la Brasserie Lipp (je vous recommande autant le premier que je vous déconseille le second).

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Considéré comme le seul hôtel de luxe du 6ème arrondissement, le Lutetia ne possède toujours "que" 4 étoiles et appartient à la chaîne Concorde.

Après un petit tour au Bon Marché qui fête ses 160 ans (j'y reviendrai), quoi de mieux qu'une escale dans ce célèbre établissement du 6ème, situé 45 Boulevard Raspail. J'en profite pour vous recommander le formidable livre éponyme de Pierre Assouline (retrouvez ma critique en bas de ce article) consacré à la tumultueuse histoire (justement au coeur de l'Histoire) de l'établissement.

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Je ne serai pas objective: je préfèrerai toujours le charme du 6ème au luxe plus ostentatoire du 8ème. Ce quartier possède pour moi une âme qu'il est seul à détenir. C'est donc un peu (et même beaucoup) de cette âme germanopratine que je m'en suis allée retrouver au Lutetia.

Sa très belle porte d'entrée vous donne l'impression de traverser le temps et de vous retrouver à la Belle Epoque.

 L'impression suivante est un peu plus décevante et ce serait ce que je reprocherais à l'établissement, son côté un peu trop "hôtel international" et sa nécessité flagrante d'un bon coup de peinture (voire plus).

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Comme lors de mon précédent passage, nombreuses sont les personnalités de la politique, du 7ème art et de la télévision (comme le vante d'ailleurs le site officiel de l'hôtel) à s'y donner rendez-vous (non, je ne donnerai pas de noms). C'est vrai que la discrétion y est de mise, que l'endroit est chaleureux sans être guindé tout en respectant l'intimité de chacun.

Je vous ai souvent vanté ici le tea time du George V (pour moi la perfection), il est donc évidemment difficile de comparer les deux cartes.  Je ne pense d'ailleurs pas que le Lutetia cherche à rivaliser avec le George V ou des établissements similaires. Peu de thés , par exemple, sont proposés à la carte du lounge bar du Lutetia, rien à voir donc avec les cartes pantagruéliques de certains hôtels de luxe du 8ème.

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La carte des pâtisseries du tea time n'est guère plus fournie non plus, les produits sont néanmoins frais et appétissants (comme vous pouvez le voir sur ma photographie du chariot ci-dessus), à l'exemple du pot de chocolat "Jivara" pour lequel j'ai opté aussi délicieux que sa sympathique présentation rétro.

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Le service est aimable, juste ce qu'il faut, quoique relativement lent (nous avons dû redemander l'addition) et le sourire parfois parcimonieux.

Je recommanderai néanmoins cet endroit pour ceux qui, comme moi, aiment le charme discret et envoûtant de Saint-Germain-des-Prés auréolé de son Histoire passionnante.

Sachez également que, tous les soirs, à partir de 19 heures, le bar du Lutetia se transforme en piano bar, où se produisent régulièrement des chanteurs de jazz français. Les célèbres soirées Lute-Jazz du bar débutent, quant à elles à 22h15, du mercredi au samedi. Je pense que je retournerai y faire un tour pour vous dire ce que j'en pense.

A noter également au crédit du Lutetia, son site "adjacent" "Le Discret - Confidences de la rive gauche" qui vous fera découvrir les coulisses de l'hôtel et de ce quartier que j'apprécie tant. Je vous recommande d'y faire un tour pour découvrir cette belle innovation...

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Critique de "Lutetia" de Pierre Assouline - Un huis-clos passionnant

 

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Depuis ce palace de la rive gauche dont il narre l’histoire de 1938 à 1945 par le prisme du regard du détective chargé de l’hôtel et de la sécurité de ses clients, on voit, on imagine, on ressent la montée des périls et on assiste avec effroi au glissement du monde vers la tragédie, vers l’innommable, vers l’irrationnel.

 Assouline a choisi délibérément le seul palace de la Rive Gauche, antre de l’intelligentsia, qui vit l’Histoire dont il fit partie intégrante se dérouler sous ses yeux. Avec lui tantôt horrifiés, tantôt fascinés nous parcourons les couloirs du Lutétia et découvrons les secrets qu’il recèle, les destins qui s’y croisent et qui basculent parfois. Par une sorte d’empathie et grâce au talent de son auteur, le lecteur a l’impression de ressentir la même impuissance que le protagoniste qui, confiné dans ce lieu, voit le monde dériver vers l’inéluctable tragédie. Avec lui nous voyons avec horreur l’Abwehr, le contre-espionnage allemand, prendre possession des lieux, transformer le symbole d’insouciance en celui de l’Occupation.

 Assouline aurait pu se contenter d’écrire un livre d’Histoire ou un roman mais toute la richesse et la singularité de ce livre résident dans le judicieux mélange des deux sans jamais que cela n’alourdisse le récit ou n’entrave le plaisir du lecteur.

 Le Lutétia devient un microcosme de la société française, cristallise les angoisses que connaît alors le monde terrassé par le joug nazi. Assouline nous transporte avec lui dans ce lieu, à cette époque troublée par ce roman à la démesure de son sujet, traité sans emphase grandiloquente mais avec pudeur.

 De surcroît, il a su créer un personnage nuancé, ambigu, qui aime les Allemands et l’Allemagne tout en haïssant les nazis. Il évite ainsi l’écueil du manichéisme, de la complaisance aussi.

A l’image du Lutétia, tantôt lâche, tantôt courageux, aveugle puis lucide, le protagoniste oscille entre passivité coupable (puisque le Lutétia hébergea le contre-espionnage allemand) et engagement dans la Résistance presque malgré lui (le Lutétia hébergea les déportés alors appelés « rapatriés » après la Libération )Le Lutétia est ainsi un personnage à part entière d’ailleurs personnifié puisque chacun l’appelle Lutétia, emblème vivant et immortel, symbole d’occupation puis de libération, d’insouciance puis de tragédie, de liberté puis d’enfermement.

Assouline esquisse une véritable Comédie humaine n’oubliant ni l’héroïsme, ni les petitesses que cette époque a engendrés. Le protagoniste est aussi épris de la comtesse Clary qu’il connaît depuis l’enfance et qu’il y croise fréquemment. Cette histoire d’amour ajoute un souffle épique et romanesque et enrichit encore le récit. L’histoire et l’Histoire se mêlent donc astucieusement : la guerre 14, le scandale Stavisky, l’Occupation, la déportation, la Résistance ont jalonné le parcours du protagoniste qui verra la guerre commencer puis se terminer, qui assistera à des actes de lâcheté et d’héroïsme, qui aimera, haïra, résistera…sans jamais quitter l’hôtel Lutétia.

Nous y croisons Matisse, Joyce et son secrétaire Samuel Beckett ou encore André Gide ou Albert Cohen dont nous apprenons qu’il y écrivit le sublime Belle du Seigneur. Les illustres clients de ce lieu mythique qui jalonnent le récit en accroissent l’intérêt. Le Lutétia devient alors le cadre d’un huis clos tel un théâtre dans lequel se déroule une tragédie qui le dépasse, mais qu’il symbolise aussi.

Assouline retranscrit avec minutie l’atmosphère de ce majestueux édifice qui sombre avec les heures noires de l’Histoire puis renaît avec la Libération. Il parvient à nous émouvoir et nous bouleverser et là où d’autres n’auraient réussi qu’un ouvrage historique didactique de plus, Assouline a signé un roman historique passionnant, édifiant, un livre hybride sur les méandres du destin et de l’Histoire.


Désormais quand je passe devant le somptueux édifice, je songe à toutes ces histoires qu’il a vu naître puis mourir, à ces destins dont il a assisté, impuissant, au basculement et je ne peux m’empêcher moi aussi de l’appeler à mon tour Lutétia en me prenant à rêver qu’une réponse murmurée provienne de l’imposante personnalité du Boulevard Raspail, témoin impassible de l'Histoire, qui me livrerait alors ses douloureux secrets…

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